PRESSE - Cet art discret de la plaidoirie

January 17, 2014

"Quelques heures plus tôt, on avait entendu la plaidoirie de Me Anne Decortis, qui défend les intérêts de l'accusé aux côtés de Me Didier de Quévy qui s'était exprimé la veille.

L'avocate avait très habilement pratiqué cet art discret qui consiste à dire les choses en affectant de ne les dire qu'en passant, avec cette conséquence qu'elles prennent aussitôt un relief particulier.

Elle annoncerait ainsi que la défense ne s'abaisserait pas à tirer parti des incidents survenus mardi soir "même s'ils sont révélateurs de l'environnement humain dans lequel l'accusé a évolué, toutes ces années durant".

Elle détaillerait ensuite tout ce qui aurait pu conduire la défense à plaider l'excuse de la provocation "même si elle a renoncé, au bout du compte, à soumettre cette question-là à la délibération des jurés".

L'occasion pour l'avocate d'ouvrir la parenthèse pour y glisser, sans avoir l'air d'y toucher, que "oui, le crime a été provoqué, oui, l'accusé a été dépouillé et poussé à bout". Et que, non, "ce n'est pas diminuer les mérites de la mère remarquable, de la soeur aimée" de dire de Naïma Rafif qu'elle fut "une femme vénale, rompue dans l'art de faire casquer les hommes trop naïfs". Si, par delà les chiffres et les considérations comptables, "il fallait ne retenir qu'une chose de toute cette dramatique affaire", dit Me Decortis, ce serait celle-ci : "A la fin de l'histoire, Abdelmoutalib Bouchal se retrouve à la rue, sans rien, et Naïma Rafik est désormais propriétaire de deux maisons: un immeible de rapport, sis à Forest, Avenue de Monte-Carlo, et une villa avec piscine au Maroc".

Abdou est un homme naïf, dit-elle encore : "ce crétin" ne savait pas, ne comprenait pas ce qu'il signait, ce jour de mars 2004, en l'étude de Me M., ce "brave notaire" qui avait été si sensible aux difficultés financières de Naïma au moment d'évaluer l'immeuble de Forest. "Et quand, des années plus tard, il comprend enfin la portée de l'cte qu'il a signé, il prend le monde entier à témoin de son infortune, il remue ciel et terre pour obtenir réparation. Trop tard!".

Il avait été roulé. On avait trahi sa confiance. On avait exploité "cette habitude qu'il avait de signer ce qu'on lui disait de signer" - les papiers, depuis toujours, c'étit Naïma: Abdou, "c'était pas son truc".

Il en concevait, dit son avocate, un désespoir absolu : "Comment comprendre autrement qu'un homme de 52 ans, qui a paisiblement traversé la vie en prenant en tout et pour tout quelques contredanses, en vienne un jour à tuer à coups de couteau la femme qu'il a aimée?". Et qui le narguait quand il se prenait à la menacer : "Tu feras rien! T'es pas un homme!". 

 

(Le Soir, Vendredi 17 janvier 2014, "Bouchal, coupable évidemment, le meurtre de Naïma Rafik devant les assises de Bruxelles")

 

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